En marge des
représentations en cours de
La nuit juste avant les forêts, la metteure en scène
Brigitte Haentjens et le comédien
Sébastien Ricard viendront lire des textes et présenter l'œuvre de Bernard-Marie
Koltès dans une rencontre avec le public, le
lundi 29 novembre à 17h à la librairie.
« [...] un garçon avec du feu dans son corps tout en nerfs [...] tente de retenir, en usant de tous les mots dont il dispose, un inconnu qu'il a abordé dans la rue, un soir où il était seul, seul à en mourir. Il parle, parle aussi frénétiquement qu'il ferait l'amour, il dit son univers : ces banlieues où il pleut, où l'on traîne sans travailler et où pourtant l'usine guette [...], ces rues où l'on cherche un être ou une chambre pour une nuit, pour un fragment de nuit, où l'on fait l'amour sur un pont avec une fille qu'on ne reverra plus et qui est belle comme un mythe, où l'on se cogne à des loubards partant à la chasse aux ratons, aux pédés, bref un univers nocturne où il est étranger - un métèque en somme - et qu'il fuit en se cognant partout, dans sa difficulté d'être et sa fureur de vivre. [Un] texte d'un lyrisme sauvage et familier, [un] texte qui est un appel, un cri de tendresse. »
C'est ainsi que Gilles Sandier exprimait, en 1978, dans Politique-Hebdo, son émerveillement pour le texte de Bernard-Marie Koltès, La nuit juste avant les forêts.
Koltès écrit depuis longtemps déjà lorsqu'il signe en 1977 La nuit juste avant les forêts. Pourtant, l'auteur affirme quelque chose de neuf dans ce texte. « Il ne correspond à rien de ce que l'on pourrait appeler mes pentes naturelles », comme il le déclare lui-même dans l'une de ses lettres. Dès lors, pour Koltès, cette pièce fonde officiellement son œuvre théâtrale; elle en constitue le commencement, l'origine même.
Ce qui frappe d'emblée dans La nuit, c'est la puissance, l'urgence du dire. À l'instar d'un barrage qui aurait cédé, plus rien ne semble retenir la parole. Elle jaillit, se déverse, coule et court sur près de soixante pages tel un flot ininterrompu. Pour toute ponctuation, virgules, points-virgules, parenthèses et tirets organisent ce déferlement, dont le rythme se fait haletant, frénétique, saccadé, agité de pensées obsédantes. Sous l'impulsion du dire, une fragilité se cache, se découvre : la fragilité d'un homme en quête de «-quelqu'un qui soit comme un ange au milieu de ce bordel-»
Brigitte Haentjens évoque sa rencontre avec le théâtre de Koltès comme un choc amoureux. Elle a monté Combat de nègre et de chiens au TNM en 1997 et La nuit juste avant les forêts en 1999, défendue avec brio par James Hyndman, dans une production mémorable de Sibyllines. La metteure en scène s'est éprise de cette écriture remarquable, de l'esprit de révolte qui l'innerve, de ses thématiques - la solitude, la quête de soi, l'exclusion, la difficulté à exprimer une demande et l'impossibilité de se soustraire au désir - qui la rejoignent profondément et qui marquent son œuvre à elle de façon si prégnante.
Cette affinité avec les engagements de Bernard-Marie Koltès, cette passion pour son œuvre ont gardé très vif chez Brigitte Haentjens le désir de recréer La nuit juste avant les forêts. Qui d'autre que Sébastien Ricard, complice et partenaire privilégié de création depuis plusieurs années, pour relever le défi ?
Sébastien Ricard Acteur prodigieux, à l'énergie ramassée, débordante, et capable des plus doux épanchements, Sébastien Ricard dit, d'un rôle à l'autre, le dilemme intime et la souffrance aiguë que procure l'exigence de vivre. Sans le moindre goût pour le spectaculaire, il réaffirme ce goût prononcé qu'a le papillon pour l'ampoule nue, attiré par la lumière et par l'incandescence. C'est avec toute sa fougue et sa capacité d'engagement que Sébastien Ricard défendra
La nuit juste avant les forêts, un des plus beaux textes sur la solitude du répertoire contemporain.